Sommet RIO + 20

SOMMET DE LA TERRE – Le sommet Rio+20 parle d’économie verte, mais dans la forêt amazonienne des initiatives vont déjà bien plus loin que les débats officiels…

Et si préserver la forêt amazonienne était le résultat d’une grande équation: soit sa biodiversité, à protéger, ses populations, à nourrir, et ses ressources, à exploiter sans les piller. La solution au problème, personne ne la connaît encore, mais quelques personnes, entreprises, associations, commencent à trouver des réponses.

Permettre aux hommes de vivre décemment grâce à la forêt

«Au départ, je pensais que je ne sauvais que des arbres. Ensuite j’ai compris que je sauvais l’Amazonie. J’ai fini par réaliser que je sauvais la planète.» Chico Mendes, leader syndicaliste brésilien, défendait la forêt mais surtout les droits des seringueiros, les ouvriers qui recueillent le latex dans les plantations d’hévéa. Bien avant que le concept de «développement durable» ne soit sur toutes les lèvres, il avait compris que préserver la forêt et permettre aux hommes d’en vivre décemment était la clé pour éviter un désastre écologique et social.

«Depuis que l’Asie produit du caoutchouc, la production s’est effondrée au Brésil, explique Bia Saldanha, qui travaille avec les seringueiros de l’Etat d’Acre, au nord du Brésil. Cela a contribué à accroître la déforestation.» Logique: si la forêt ne rapporte plus d’argent, on la remplace par des champs de soja ou des élevages de bétail. La protéger veut donc dire en tirer profit, mais raisonnablement. «Nous avons dû trouver des alternatives pour vendre le latex brésilien, poursuit Bia Saldanha. Depuis le gouvernement de Lula, nous avons été incités à nous tourner vers le commerce équitable pour mieux valoriser la production.»

Eviter l’émigration vers les favelas

Car si le latex est l’objet d’une cotation sur un marché international, son prix est largement tiré vers le bas par la production asiatique, qui représente 90% du marché mondial. Heureusement, le commerce équitable est en vogue et quelques entreprises en font leur signe distinctif. Ainsi, les semelles des baskets Veja, une entreprise française, sont fabriquées avec du caoutchouc produit en Amazonie par des coopératives de seringueiros: «Nous passons un contrat avec eux qui leur assure une quantité achetée et un prix supérieur à celui du marché», explique Ghislain Morillion, cofondateur de la marque. «Il faut donner des conditions de vie décentes aux populations pour ne pas qu’elles émigrent vers les favelas», confirme Bia Saldanha.

Dans l’Etat d’Acre, seulement 12% de la forêt a disparu pour être remplacée par de l’élevage. Mais là encore, c’est une agriculture familiale qui a été privilégiée. Lorival Marques, représentant du gouvernement de l’Acre, explique que maintenant les aires de production du caoutchouc sont protégées. Un bienfait pour la forêt mais aussi pour les seringueiros, confirme Dante Tavares, membre du WWF au Brésil: «Nous travaillons sur les questions environnementales et sociales, car il ne faut pas oublier que quatorze peuples, soit 23 millions de personnes, vivent en Amazonie».

Un plastique fantastique

Economie, environnement, social: les trois «piliers» du développement durable, tel que définit par les Nations unies sont bien là. Pendant que les délégations officielles s’écharpent sur des guillemets au sommet Rio+20, certains n’attendent pas qu’on leur montre la voie pour agir. Les seringueiros apprennent à produire du caoutchouc directement exploitable par les industries, sans passer par un intermédiaire qui le transforme. Ils gagnent bien leur vie et parviennent à diversifier leurs débouchés pour ne pas être à la merci d’un seul client. Pour les soutenir, le gouvernement brésilien a choisi de s’approvisionner en latex naturel de l’Acre pour les campagnes de prévention contre le sida: 100 millions de préservatifs bio, locaux et équitables sont distribués gratuitement chaque année.

 à Rio de Janeiro, Audrey Chauvet

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