l’état de la forêt amazonienne

Je vous invite à lire cet article paru dans Vision Brésil n° 40. Il présente un état des lieux de la forêt amazonienne aujourd’hui. L’article est très bien documenté et décrit de façon détaillée les menaces qui pèsent sur la plus grande forêt du monde.
Se documenter c’est déjà agir pour protéger la forêt.

22 juin 2012

Juin 2012, Rio + 20, l’état de la forêt

Posted by visionbresil under environnement
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l'état de la forêt amazonienne

Le Brésil, abrite la plus grande forêt tropicale du monde. Elle occupe 6% de la surface de la planète et 40% du territoire de l’Amérique du Sud. 65% de sa superficie est située à l’intérieur du Brésil, Mais c’est une forêt qui tend à se réduire comme peau de chagrin sous les coups d’une occupation humaine désordonnée de l’Amazonie. Quel est aujourd’hui l’état réel de cette forêt et de ses ressources ? Quels sont les plus graves dangers qui la menace ? 

La région amazonienne abrite 13% de la population brésilienne, soit 24 millions d’habitants. Avec une densité de 4,7 personnes au km2, c’est un peuplement 5 fois inférieur à la moyenne nationale. 220 groupes indigènes, regroupant 150’000 personnes y résident, mais 80% des amazoniens vivent en zone urbaine.  A titre de comparaison, la forêt atlantique qui borde la côte du Brésil, détruite à 80%, est peuplée elle, de 120 millions d’habitants et abrite l’essentiel des activités économiques du pays.

Un tiers d’arbres en moins

En Amazonie vivent 427 sortes de mammifères, 1294 variétés d’oiseaux et 40.000 plantes différentes. Parmi elles, 1.000 espèces d’arbres. Cette immense forêt est le siège de 15% du processus global de photosynthèse et représente 20% des réserves mondiales d’eau douce.

Depuis 1970, 700.000 km2 de forêt amazonienne ont été dévastés au Brésil (l’équivalent de la superficie de la France). Un tiers de la couverture arborisée a disparu et on estime à 15% la surface irrémédiablement perdue. Si le déboisement continue au rythme de ces dernières années, il s’arrêtera en 2050, estiment les spécialistes… à cause de la disparition complète de la forêt en Amazonie!

Selon l’institut IMAZON de Belém, il faudrait investir annuellement 17 milliards de R$ (8,5 milliards de US$) pendant les 20 prochaines années pour réformer l’économie amazonienne dans l’optique d’un développement durable. Pour l’instant, l’Etat brésilien injecte 5 milliards de R$ par an (2,5 milliards de US$ francs) sans critères environnementaux clairement établis pour stimuler la croissance régionale.

 L’élevage, principale cause du déboisement

L’élevage est la principale cause de la déforestation en Amazonie. La collection des images satellites de l’INPE, l’Institut National de Recherches Spatiales, révèle que 62% des surfaces déboisées depuis 2008 sont occupées par des pâturages sur lesquels broutent 71 millions de têtes de bétail. L’agriculture, y compris la production industrielle de grains (soja, riz, haricots noirs) n’accapare que 5% de la totalité des terres défrichées depuis 3 ans.

Ce sont les colons installés sur les terres de la réforme agraire qui sont les principaux acteurs de ce défrichage. Ils composent 21% de la population amazonienne. Faute de ressources ou d’appui pour développer une agriculture de subsistance non prédatrice, ils déboisent au profit des fermes d’élevage et des marchands de bois précieux.

Depuis quelques années, le rythme du déboisement s’est considérablement ralenti : 26’000km2 de forêts abattues en 2003, 28’000km2 en 2004, mais seulement 6’500 en 2010 et 6’000 en 2011. Grâce aux efforts entrepris pour réprimer le défrichage illégal et à la multiplication des unités de conservation. Les réserves indigènes représentaient 10’000km2 en 1980, elles couvrent aujourd’hui 1 million de km2. Les parcs naturels étaient inexistants en 1980, ils forment aujourd’hui un autre million de km2 de forêts protégées. En tout, 33% de l’ensemble du bassin amazonien est en principe à l’abri du déboisement sauvage.

Nouvelles menaces

Mais ces données encourageantes ne doivent pas faire illusion. Quand on évoque la réduction du déboisement, on parle d’une diminution du nombre d’arbres abattus et pas d’une stabilisation du défrichage, voire d’une amélioration de l’état de santé global de la forêt amazonienne ! En avril 2012, le SAD, le Système d’Alerte sur le Déboisement relevait 71km2 de nouvelles zones défrichées en un mois. C’est certes 76% de moins qu’en avril 2011, mais cela correspond encore à presque deux fois la superficie de la ville de Lausanne ou une fois et demi celle de Montpellier…

Par ailleurs, de nouvelles menaces pèsent aujourd’hui sur l’Amazonie. Elles ont pour nom les coupes de bois alimentant les fourneaux qui produisent l’acier utilisé dans la construction automobile et la multiplication des barrages sur les cours d’eau de la région.

Concernant « l’acier du déboisement », c’est Greenpeace qui a lancé l’alerte. L’organisation écologiste s’est penchée sur la chaîne de production d’acier dans la région de la mine de Carajas, la plus grande mine de fer du Brésil, dans l’Etat du Pará. Sur les 111’000 km de forêt, 71% ont disparus, « mangés » par la multitude de fours artisanaux servant à fabriquer le charbon de bois nécessaire pour transformer le minerai de fer en acier.

Ce « charbon illégal » serait responsable de 20% du déboisement de la région et l’acier ainsi produit alimente des grandes entreprises du secteur automobile, au Brésil mais aussi à l’étranger, notamment aux Etats-Unis. Selon Greenpeace, les exportations d’acier brésilien ont augmenté de 65% en 2011.

Cette façon de produire de l’acier pour l’industrie sidérurgique est anti écologique : la perte de pouvoir calorifique des fours à charbon artisanaux avoisine les 50%. Elle est aussi antisociale, plusieurs entreprises de la région ont été dénoncées pour usage d’une main d’oeuvre esclave.

Rupture de la continuité fluviale

L’autre menace qui affecte la forêt amazonienne est liée aux besoins énergétiques croissants du Brésil et des pays andins voisins où se trouvent les sources des grandes rivières amazoniennes. Plus de 150 barrages sont à l’étude ou en cours de réalisation dans l’ensemble du bassin fluvial. Certes, le recours à l’électricité hydraulique est propre (65% de l’énergie consommée au Brésil est d’origine renouvelable), mais la multiplication des barrages au fil de l’eau risque de modifier profondément l’équilibre environnemental régional.

On a beaucoup parlé à ce propos du méga ouvrage de Belo Monte, sur le Rio Xingu, futur 3èmeplus grand barrage du monde, qui va assécher en partie une courbe du fleuve traversant une réserve indigène. La polémique a enflé, après la visite effectuée sur place par James Cameron, le réalisateur du film « Avatar » et Arnold Schwarzenegger, ancien Gouverneur de Californie. Moins connu, le projet de construire 7 barrages sur le Rio Tapajos voisin et sa transformation en « aquaroute » pour écouler la production de soja du Mato Grosso voisin vers la Chine et l’Europe, suscite aussi une forte opposition des riverains. (Voir Vision Brésil n° 33 avril 2012 : menace sur le Rio Tapajos).

Coût humain et environnemental incalculable

Ces réalisations mastodontes mobilisent l’opinion publique parce qu’elles sont spectaculaires. Elles ne sont cependant peut-être pas les plus dommageables pour l’Amazonie. La vraie menace proviendrait, selon les spécialistes, des barrages en projet sur les 6 principales rivières qui connectent les Andes au bassin amazonien. Ces ouvrages sont localisés au Brésil, mais aussi en Bolivie, en Colombie, en Equateur et au Pérou.

Ensembles, ils représentent une charge de 300% supérieure à la pression actuelle qui pèse sur le réseau hydrographique, avec pour risque majeur, la rupture de la liaison environnementale entre les Andes et l’Amazonie. Une rupture qui pourrait signifier une modification du régime des crues formant le cœur de ce système, car si les hautes eaux de la saison des pluies ne parviennent plus à « nettoyer » les affluents de ces grands fleuves de leurs déjections saisonnières, cela provoquerait des sécheresses et des inondations à répétition et multiplierait les foyers de maladies.

Enfin, ce sont les sédiments andins qui alimentent le sol amazonien. La rupture de la connectivité pourrait se traduire par un appauvrissement de la faune et de la flore de la forêt, voire une désertification de certaines zones par disparition de la diversité biologique. Récemment, la branche brésilienne du « Painel International sur les Changements Climatiques » a estimé que si rien n’est entrepris, le risque de réchauffement en Amazonie serait de +6° dans les 20 prochaines années.

Rio+20 plus vert grâce au caoutchouc ?

Il est évident que l’enjeu d’une telle problématique est mondial et qu’elle dépasse largement le cadre du seul Brésil. C’est aux instances responsables de la Conférence Environnementale Rio +20, convoquée par les Nations Unies d’en débattre. Cela n’empêche pas d’agir au niveau local. Ce que font par exemple les autorités de Rio de Janeiro, qui ont choisi de participer à leur échelle à cet effort global. Avec en ligne de mire, la perspective des JO de 2016. C’est ainsi les efforts entrepris par les autorités pour mieux contrôler le déboisement dans l’Etat de Rio de Janeiro et stimuler le reboisement, commencent à porter leurs fruits.

La forêt atlantique couronnant la ville est un biotope côtier qui s’étend de la frontière argentine au nord de l’Etat de la Bahia. Il ne reste que 13% de sa couverture originale, sous forme de bosquets discontinus, ce qui contribue à la fragiliser. Selon une étude diffusée par l’ONG « SOS Mata Atlantica », Rio de Janeiro serait un des Etats qui a le moins défriché entre 2010 et 2011 et celui où les efforts de récupération des zones déboisées a été le plus notoire.

Le gouvernement régional s’est aussi engagé à compenser intégralement les émissions de CO2 des Jeux de 2016 en plantant 24 millions d’arbres. Pour y parvenir, l’Etat de Rio de Janeiro va faire appel aux cueilleurs de caoutchouc d’Amazonie, les seringueiros. Ils vont planter une espèce d’hévéas adaptée aux conditions locales, ce qui servira à la fois à emprisonner les gaz à effet de serre et à garantir un revenu supplémentaire aux petits agriculteurs. 2 millions de plants seront ainsi mis en culture dans 21 municipalités ces 5 prochaines années et un partenariat va être conclu avec l’entreprise de pneus Michelin qui absorbera une partie de la récolte de latex.

Reboisement mondial

Autre initiative prise par le gouvernement fédéral, cette fois, en partenariat avec les Etats-Unis et le Rwanda, planter 18 millions d’hectares de forêts natives dans les 3 pays, d’ici 2020. La suggestion est venue de l’UICN, l’Union Internationale de Protection de la Nature, qui coordonnera les opérations. La contribution du Brésil reste la plus modeste, un million d’hectare de forêt atlantique, en regard des 15 millions d’hectares que promettent de replanter les Etats-Unis et les 2 millions d’hectares du Rwanda, mais c’est un premier pas.

L’UICN prévoit d’étendre ce projet à plusieurs autres pays afin de restaurer 150 millions d’hectares de forêts d’ici la fin de la décennie, dans le cadre du « Défi de Bonn », lancé en septembre dernier. « Ce sera la plus vaste initiative de reforestation de l’histoire », se réjouit Bianca Jagger, ambassadrice de cette campagne « Plant a Pledge » qui devrait ainsi injecter 80 milliards de US$ dans l’économie, au niveau local et global.

De quoi adoucir un peu les frustrations engendrées par la Conférence officielle Rio+20 qui a renoncé à créer un fond annuel de 30 milliards de US$ pour protéger l’environnement mondial, comme le demandaient les pays du Groupe des 77, même si ce n’est goutte d’eau par rapport aux manquements du document final de la rencontre.

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Une réponse à “l’état de la forêt amazonienne”

  1. hacking snapchat
    26 février 2015 à 22:37 #

    Merci Beaucoup vraiment pour ce magnifique article constructif sur l’appli snapchat
    hacking snapchat http://piratercomptesnapchat.wordpress.com

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