Quel passé, quel avenir pour l’Amazonie ?

La crainte passée, l’homme peut s’émerveiller devant tant de beauté, comme le fit Claude Lévi-Strauss: «Les arbres frémissaient de singes presque plus que de feuilles, on eût dit que des fruits vivants dansaient sur leurs branches. Vers les rochers à fleur d’eau, il suffisait d’étendre la main pour frôler le plumage de jais des grands mutum au bec d’ambre ou de corail.» (Tristes tropiques, p. 380.) Quant à Stefan Zweig, fuyant le nazisme, il trouva l’Eden à Belém: «Et voici les troncs géants, avec leurs lianes touffues, puis mille sortes d’arbustes, d’animaux bizarres, d’oiseaux multicolores, de minces poissons de verre qui, comme les autos, portent une lumière devant et derrière: merveilles d’une nature prodigue et capricieuse.» (Brésil, terre d’avenir, p. 376.) Michaux avait vu juste: une fois l’Amazonie colonisée, dépecée, amenuisée, nous pouvons enfin la regarder.

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feuille

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détail d'une feuille de courbaril - Tim Paine

détail d’une feuille de courbaril – Tim Paine

amazonienne à l'oeuvre

amazonienne à l’oeuvre

singes plus que feuilles

singes plus que feuilles

 

EXTRAITS DE LA REVUE  PISEAGRAMA

L’avenir de l’Amazonie

Texte de Antonio Nobre

Árvore da abundância, peintures de Abel Rodríguez

 traduit du portugais en français par Irène Danon

Arbre de l'Abondance peinture de Abel Rodriguez

Arbre de l’Abondance peinture de Abel Rodriguez

Arvore da abundância peinture de Abel Rodriguez

La déforestation zéro en Amazonie, pseudo-objectif du gouvernement ne suffit plus pour que la forêt  continue à réguler la température du continent, à éviter les catastrophes environnementales,  à apporter les pluies dans des régions qui risquent de devenir de véritables déserts.

 Dans une définition libre la forêt peut être vue comme un tapis multicolore, structuré et vivant, extrêmement riche, peuplé d’une colonie extravagante d’organismes venus des océans il y a 400 millions d’années. La forêt fonctionne comme une mer suspendue, contenant une myriade de cellules vivantes – son élaboration et son adaptation son extrèmes.

 La forêt a évolué sur 50 millions d’années. Chacun de ses milliards d’organismes est une merveille  en miniature, d’une complexité presque inaccessible, une vie d’atomes et de molécules qui détermine et régule des flux de substances et d’énergie.

 Il existe encore des secrets bien gardés sur le fonctionnement des forêts. Certains, plus connus aujourd’hui,  sont importants pour comprendre l’influence de la forêt sur le climat.

 Le premier secret est que la forêt maintien l’air humide en mouvement, ce qui permet aux pluies de pénétrer à l’intérieur du continent, loin des océans.  Ceci est possible grâce à la capacité  inhérente aux arbres de transférer de grands volumes d’eau du sol vers l’atmosphère par la transpiration. Un grand arbre peut transpirer plus de 1000 litres d’eau en un jour. En Amazonie 20 milliard de tonnes d’eau sont transpirées par jour par tous les arbres du bassin amazonien. Ainsi de concert les arbres, ces structures de la nature bénévoles et silencieuses, envoient vers le haut un fleuve vertical de vapeur plus important que le fleuve Amazone.

 Une étude publiée récemment dans la revue scientifique Nature montre que presque 90% de toute l’eau qui parvient à l’atmosphère vient de la transpiration des plantes et seulement 10% de l’évaporation. Les plantes interviennent sur les pluies, le vent et le climat.

 Le deuxième secret est lié à la formation de pluies abondantes dans un air limpide. En effet l’air de la troposphère (atmosphère basse) en Amazonie est limpide, sans poussières, comme l’air au-dessus de l’océan où les poussières sont très réduites. Les nuages typiques de l’Amazonie ressemblent aussi aux nuages maritimes.

Ces ressemblances ont inspiré les chercheurs à baptiser l’Amazonie ‘l’océan vert ». Il y a pourtant un mystère car si la plus grande partie de l’océan bleu tend vers l’aridité, sur l’océan vert les pluies sont torrentielles et constantes. Avant l’avancée du déboisement, on identifiait à peine deux saisons, une humide et une encore plus humide.

 Le troisième secret est lié à la survie de la forêt amazonienne. Même face aux cataclysmes climatiques ou à des conditions extrêmes et défavorables, la forêt  maintien un cycle hydrologique bénéfique.

 Si la forêt disparaît, le continent aura beaucoup moins d’évaporation, déterminant une inversion des flux de l’humidité, qui irait de la terre vers la mer, créant un désert là où était la forêt.

 La forêt amazonienne maintien un air humide pour elle-même, et elle exporte aussi des fleuves aériens de vapeur qui apportent l’eau de pluie irriguant des régions plus lointaines durant l’été hémisphérique.

 Des études montrent qu’en période de pluie, les eaux collectées dans la ville de Rio de Janeiro viennent de l’intérieur du continent et non de l’océan tout proche. Et que ces eaux  sont passées par l’Amazonie. C’est le concept de fleuve atmosphérique introduit en 1992  par Reginald et Nichols Newell.

 La majestueuse forêt amazonienne est la meilleure et la plus valeureuse alliée des activités des hommes qui requièrent la pluie, un climat doux et la protection des événements climatiques extrêmes.

 Il existe des études sur les conséquences de la déforestation, où l’on constate spécialement une augmentation de la saison sèche. Cependant ces expériences virtuelles indiquaient une prolongation de la saison sèche après que 100% de la forêt ait été détruite, alors que l’on observe déjà avec une coupe de 19% de la forêt que le phénomène de sècheresse gagne en ampleur. En ce sens les modèles semblent sous-estimer les conséquences négatives. Des études plus récentes incluant les effets des océans aggravent le tableau et augmentent l’alerte.

 Le Brésil s’est efforcé de réduire la déforestation et cela avec succès. Cependant malgré cette encourageante nouvelle  la déforestation est équivalente à la superficie du Costa Rica en moins de 10 ans. La surface totale déboisée atteint  762.979 km2 en 2013.

 Des changements climatiques en Amazonie et en dehors de la forêt sont à notre porte. Si la déforestation s’accélère et dépasse le point de non-retour, ce qui semble être proche, on estime que dans quelques dizaines d’années le climat passera à un autre stade d’équilibre. En revanche si on parvenait à la déforestation zéro et que l’on régénérait la forêt, la menace s’éloignerait vers un futur plus lointain, en fonction de l’extension de la forêt océan vert  qui renaîtrait et de l’importance des forces climatiques autres.

 Si on continue au rythme de déforestation actuelle et que l’on ne cherche pas à récupérer les dommages infligés à la grande forêt, le système amazonien risque d’entrer en collapse en moins de 40 ans.

 Pour faire face à la gravité de la situation nous avons besoin d’une mobilisation semblable à un effort de guerre, mais non conflictuel.  Nous devons d’abord et de manière urgente faire la guerre contre l’ignorance. Un effort sans précédent pour éclairer la société, y compris ceux qui font encore la grave erreur de croire que la dévastation des forêts est inoffensive.

  Mais comment reconstruire un paysage dévasté ? Si c’était un paysage urbain il faudrait refaire les structures et les édifices, ce qui demanderait une lente reconstruction, de plusieurs années, brique par brique. Mais pour les structures inertes de la nature, comme les sols, les roches et les montagnes, il faut des millions et même des milliards d’années pour qu’ils se recomposent dans l’action lente des forces géophysiques.

 La propre forêt nous offre des solutions pour reconstruire ses paysages, car elle dispose de mécanismes ingénieux pour les recomposer a partir des semences, ou pour les cicatriser dans le processus naturel de régénération des arbres en clairières.

NOBRE, Antonio. O futuro da Amazônia. PISEAGRAMA, Belo Horizonte, número 08, página 102 – 113, 2015.

Antonio Donato Nobre

Climatologiste, chercheur de l’Institut national de Recherches de l’Amazonie et du Centre des sciences dus  système terrestre de l’Institut national de recherches spéciales (INPE). Il est l’auteur du Rapport Le future climatologique de l’Amazonie publié en 2014.

Abel Rodriguez

Originaire de l’Amazonie colombienne il est en même temps un scientifique et un artiste, prêtant appui au programme botanique Tropenbos et poignant les espèces et les phénomènes de la forêt. Prix Príncipe Claus en 2014.

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Auteur :izidon

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