Le cri de révolte de Frans Krajcberg

Krajcberg
Krajcberg

Krajcberg

« Je suis né de ce monde qui s’appelle nature et le grand impact de la nature c’est au Brésil que je l’ai eu. J’y suis né une seconde fois : c’est ici que j’ai pris conscience d’être un homme et de participer à la vie avec ma sensibilité, mon travail, ma pensée. Ici je me sens bien. A part les Indiens, nous sommes tous venus d’ailleurs et j’ai besoin des forêts sauvages, riches, mouvementées, vibrantes de couleurs poussant librement. Je ne sens pas les forêts plantées d’Europe et les intolérances de l’Europe continuent de m’inquiéter. »  Frans Krajcberg

« L’artiste sans frontières, pour notre fierté, vit ici », c’est ce que dit la pancarte de bienvenue à l’entrée de Nova Viçosa, dans l’entrée sud de l’Etat de Bahia. La petite ville est l’élue des baleines qui y viennent une fois par an en hiver, ainsi que par  Frans Krajcberg comme lieu d’habitation.

« Je suis un homme dans le monde. J’y suis né et j’ai le droit d’y vivre », affirme Krans Krajcberg, qui a grandi en Pologne, où il a perdu toute sa famille pendant la guerre, arrivant au Brésil à 27 ans, seul et effrayé des autres. « En Hongrie, j’ai vu une montagne d’ordures dans un camp de concentration. En m’approchant j’ai vu que c’était des corps empilés »

Une telle horreur explique sa joie lorsqu’il a connu la nature brésilienne. « Elle m’a sauvée. Elle me souriait sans jamais me demander d’où je venais ou si j’avais une religion. C’est là que j’ai découvert la vie. »  Aujourd’hui, Krajcberg  vit dans la Mata Atlantica avec la mer dans son jardin  et fait de son art un cri de révolte.

« Krajcberg a connu une renommée internationale avec ses sculptures en bois calciné dans les années 1970. Son travail a une dimension éthique qui va au-delà de l’art.: il est lié au monde sans pour autant être caricatural ou littéral. »
Agnaldo Farias, critique d’art

Krajcberg vit à 7 mètres de hauteur, dans une maison construite sur un arbre. Mais il fut un temps où il se cachait dans les montagnes. « Je l’ai connu dans l’intérieur de l’Etat de Minas, dans les années 1960. Il habitait dans une caverne sur le pic de Cata Branca, une région de minerais à Itabirito, que l’on appelle encore aujourd’hui le Barbu des Pierres », raconte Zédo Mato, qui est devenu l’assistant de ce Barbu des Pierres. L’artiste vivait sans confort, sans se raser, se lavait dans la rivière et travaillait sans arrêt, ami de la solitude. Dans sa maison monastique il y a à peine quelques chaises, un lit étroit, peu de vêtements et cinq valises empilées. Son seul luxe est sa collection de coquillages, de pierres, de branches sèches et de semences. Il rêvait de transformer Nova Viçosa en une capitale culturelle.

« C’est un artiste unique et radical, qui suscite des réactions et fait naître le dialogue. L’année dernière, nous étions ensemble à son exposition au Parc des Bagatelles à Paris, et j’ai été impressionné par les réactions viscérales des personnes. »
Walter Salles, cinéaste

« La situation de la planète est grave. La nature se venge et nous la blessons de trop. Nous ne pouvons pas rester passifs. » En transformant les troncs et les branches calcinées en sculptures, Krajcberg proteste face à ce qu’il appelle la barbarie des hommes  contre l’homme et de l’homme contre la nature. « Je veux que mes œuvres soient un reflet des feux de forêt. C’est pour cela que j’utilise les mêmes couleurs, rouge et noir, le feu et la mort. « Je suis un homme révolté. »  Krajcberg a déjà dénoncé les incendies du Parana, l’exploitation des mines du Minas Gerais, et la déforestation en Amazonie. Il a défendu les tortues de Nova Viçosa et s’est posté devant un tracteur pour éviter la construction d’une avenue dans la ville. C’est aussi un personnage qui a de l’humour. Il donne des surnoms à tout le monde, il dit bonjour aux arbres et il danse quand il entend sonner son portable. « J’adore son humeur. Je trouve extraordinaire après tout ce qu’il a vécu, de voir son sourire si sincère », observe Walter Salles. Aujourd’hui ce qu’il aime particulièrement c’est la photographie. Il se lève tôt pour aller photographier les fleurs. Dans ces moments il nous parle de l’importance de l’instant et du regard. »Ume journée n’est jamais pareille à une autre. »

« J’avais 17 ans quand j’ai connu Frans et j’ai commencé à travailler avec lui comme assistant. Il habitait dans une caverne, car il voulait fuir les hommes. Il ressemblait à un animal blessé. C’est là qu’il a fait ses premières gravures dans la pierre et ses sculptures. »
Zédo Mato, commissaire d’expositions

Auteur :izidon

mon site est consacré à l'artisanat du Brésil et à des pauses poétiques

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Deux ans au soleil |
Ragman en voyage |
Le pays des neiges |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Au bout du monde
| un an au pays des tacos
| A Canadian Adventure